Personnalité évitante

Présentation


Le trouble de la personnalité évitante est un mode général d’inhibition sociale, de sentiments de ne pas être à la hauteur et d’hypersensibilité au jugement négatif d’autrui qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivante(Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996) : 

1. Le sujet évite les activités sociales professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d’être critiqué, désapprouvé ou rejeté.

2. Réticence à s’impliquer avec autrui à moins d’être certain d’être aimé.

3. Est réservé dans les relations intimes par crainte d’être exposé à la honte et au ridicule.

4. Craint d’être critiqué ou rejeté dans les situations sociales.

5. Est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause d’un sentiment de ne pas être à la hauteur.

6. Se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur aux autres.

7. Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s’engager dans de nouvelles activités par crainte d’éprouver de l’embarras. 

Le trouble de la personnalité évitante représente 47% des personnes souffrant de phobie sociale (Marteinsdottir I, Furmark T, Tillfors M, Psychiatry. 2001 – « Personality traits in social phobia. »)


Particularités


Le trouble de la personnalité évitante est une notion timidement reconnue. Ses critères (anxiété relative et repli sur soi) ne permettent guère d’évaluer son degré de développement dans la population et participent également aux difficultés de la prise en charge. 

Le trouble est en lui-même un obstacle au changement : 

– Le trouble est considéré par le sujet comme un trait de personnalité, plus ou moins immuable (« je suis comme ça ») et non comme un phénomène externe et handicapant. L’accès à une remise en cause, thérapeutique ou non,  sera donc limité et souvent à motivation externe (entourage, …). 

– Attribution externe : les difficulté est souvent attribuée à l’extérieur (« c’est le monde extérieur qui est horrible »). Le plus souvent, des explications rationnelles seront trouvées au phénomènes anxieux. Là encore, la démarche thérapeutique ou l’effort personnel de changement est difficilement stimulable. 

– L’évitement étant le phénomène central, le degré d’anxiété est souvent supportable. La personnalité évitante ne sera donc pas synonyme de situations d’angoisses paroxystiques, mais plutôt d’un état d’être entre repli sur soi et amertume.


Schémas cognitifs fréquents

Voici quelques exemples postulats- types rencontrés dans le trouble de personnalité évitant (Freeman et Leaf plus d‘autres schémas fréquents) : 

1. Je dois être apprécié. 

2. Je ne dois pas paraître idiot aux yeux des autres, à aucun moment. 

3. Le monde est dangereux. 

4. Les autres doivent prendre soin de moi. 

5. Mieux vaut être isolé que de risquer d’être blessé. 

6. Toute critique envers moi est une terrible condamnation. 

7. Les gens doivent m’offrir des garanties inconditionnelles d’acceptation avant que je puisse établir des liens avec eux.

8. Je suis indésirable.

9. Les autres sont critiques, indifférents ou humiliants. 

10. Je ne peux pas supporter les émotions négatives. 

11. Si les autres me côtoient, ils vont me connaître mieux, se rendre compte de qui je suis et m’agresser ou me rejeter (syndrome de l’usurpateur). 

12. Il vaut mieux ne pas faire que de courir le risque d’échouer. 

Si on devait extraire une croyance fondamentale de ces postulats, cela pourrait être : « Les autres risquent de me blesser » (et le risque est trop grand ou l’intensité de la blessure envisagée trop importante). Il y a donc une très forte appréhension à se dévoiler, voire à se lier avec autrui, sans la certitude absolue d’être aimé ou apprécié.


Justification, rationalisation et référence externe


Là ou l’évitement est relié à l’angoisse dans la phobie sociale, avec la personnalité évitante règnent justification et rationalisation. Les évitements sont expliqués et les problèmes attribués à des phénomènes externes. Diverses raisons viennent en effet expliquer les évitements : fatigue, ennui, manque d’intérêt, antipathie des autres etc… La peur est peu évoquée. 

C’est sur ces quelques points que l’on pourrait établir un différentiel avec la phobie sociale : 

Personnalité évitantePhobie sociale
« C’est de la faute des autres ».« C’est de ma faute ».
« J’évite car ça m’ennuie, c’est nul ou ça ne vaut pas la peine ».« J’évite parce que j’ai peur et je ne me sens pas capable ».
« Je suis comme ça ». « Je veux changer ».

Dans l’abord de la personnalité évitante, il convient donc entre autres :

– de recadrer le débat avec l’abord de l’anxiété en tant que telle.

– de placer la personne en référence interne.

– de remettre en cause le cercle vicieux de l’évitement.

– de permettre à la personne d’être en situation et capacité de pouvoir courir le risque relationnel.

Même si cela se révèle schématique, on peut interpréter la personnalité évitante comme une phobie sociale qui se serait généralisée, avec comme processus central l’évitement, banalisé au fil du temps, justifié par une attitude pseudo-logique ou rationnelle et une externalisation du problème plus ou moins fataliste et amère mais qui trouve sa source dans une peur fondamentale d’être blessé ou rejeté.

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