Phobie sociale

Phobie sociale / Jérôme Boutillier

I. Aperçu 


Définition de la phobie sociale


Les phobies sociales concernent les individus qui, dans une ou des situations sociales éprouvent une forte anxiété. Ces manifestations anxieuses intenses et la plupart du temps paralysantes ou inhibitrices conduisent le sujet à éviter les dites situations, d’où un fort handicap. 


Critères diagnostiques DSM IV de la phobie sociale (manuel diagnostique le plus courant)


A. Une peur persistante et intense d’une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante.
B. L’exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui peut prendre la forme d’une Attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.
C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.
D. Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.
E. L’évitement, l’anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situations(s) sociale(s) redoutée(s)  ou de performance perturbent , de façon importante, les habitudes de l’individu, ses activités professionnelles (ou scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d’avoir cette phobie s’accompagne d’un sentiment de souffrance important.
F. Pour les individus de moinsde 18 ans, on ne porte le diagnostic que si la durée est d’au moins 6 mois.
G. La peur ou le comportement d’évitement n’est pas lié aux effets physiologiques directs d’une substance ni à une affection médicale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (p. ex. le trouble panique avec ou sans agoraphobie).
H. Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite en A est indépendante de ces troubles; par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, etc..
Les caractéristiques habituelles associées à la phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à une évaluation négative ou au rejet, une faible estime de soi ou des sentiments d’infériorité. Les sujets ayant une phobie sociale craignent souvent une évaluation indirecte par les autres telle que de passer un examen.

De manière plus détaillée


L’anxiété sociale est perçue sous deux angles essentiels :  

– Anxiété de performance : face à un observateur, au centre de l’attention, perte des moyens et ressources : anxiété de performance.

– Anxiété d’interaction : se sentir évalué dans une relation et à son désavantage. Perte du statut d’interlocuteur valable : anxiété relationnelle.  

PERFORMANCEINTERACTION SOCIALE
Téléphoner en publicParler à des gens qui détiennent une autorité 
Participer au sein d’un petit groupeAller à une soirée
Manger dans un lieu public Contacter par téléphone quelqu’un qui ne vous connaît pas très bien
Boire en compagnie dans un lieu public Parler à des gens que vous ne connaissez pas très bien
Jouer, donner une représentation ou une conférenceRencontrer des inconnus
Travailler en étant observéEtre le centre d’attention
Ecrire en étant observé Exprimer son désaccord ou sa désapprobation à des gens que vous ne connaissez pas très bien
Uriner dans des toilettes publiquesRegarder dans les yeux des gens que vous ne connaissez pas très bien.
Entrer dans une pièce alors que tout le monde est déjà assisEssayer de draguer quelqu’un
Prendre la parole à une réunionRapporter des marchandises dans un magasin
Passer un examenDonner une soirée
Faire un compte rendu à un groupeRésister aux pressions d’un vendeur insistant

Hierarchie peur / évitement des situations dans la phobie sociale


– Chez l’enfant :  
  

SituationPeur et évitement chez des enfants phobiques sociaux
Parler en public88%
Manger en face des autres39,3%
Etre en classe avec les autres enfants27,6%
Ecrire en étant observé27,6%
Utiliser les toilettes publiques24,1%
Parler à des personnes représentant l’autorité20,7%

– Chez l’adulte :  

SituationPeur et évitement chez des sujets phobiques sociaux
Prise de parole et interaction formelles (cours, réunions…)70%
Prise de parole et interactions informelles (repas avec des inconnus, soirée…)
Affirmation de soi : exprimer son désaccord, refuser, demander, donner son avis…31%
Observation par les autres : effectuer une tâche (manger, boire, travailler…) sous le regard des autres.22%

Phobie sociale et autres troubles


Phobie sociale et autres troubles Pourcentage
Trouble panique 4,7%
Trouble obsessionel compulsif 11,1
Dysthymie12,5
Agoraphobie 44,9%
Phobie spécifique 59%

Les chiffres indiquent une propension au développement d’autres troubles. Cette observation conduit à s’intéresser avec plus d’attention au facteur commun : l’anxiété elle-même. 


Les grandes lignes de la phobie sociale



1. Impression d’incompétence
(phobie sociale)

Selon l’histoire du sujet (événements de vie, traumatismes, éducation, stress divers, etc…) l’impression d’incompétence (d’être « nul », pas à la hauteur…) est omniprésente avec le plus souvent une forte empreinte émotionnelle. 
Ce sentiment entraîne différents phénomènes : peur de l’observation d’autrui, peur de l’évaluation, peur de ne pas être intéressant, peur du silence, peur du ridicule, dévalorisation, impression générale d’incompétence sociale… 


2. Perfection et reconnaissance

En même temps que ce sentiment d’incompétence, la personne souffrant de phobie sociale crée un paradoxe puisque viennent se greffer des croyances, aspirations irréalistes pouvant se résumer schématiquement ainsi : 

– Je dois être parfait : de cette auto-injonction résulte une forte pression, un enjeu important dans les situations sociales puisqu’il faut être compétent, intéressant, talentueux etc… en toute circonstance. 

– Je dois être apprécié par tous : ce postulat entraîne diverses manifestation comme un manque d’affirmation de soi, un évitement de ce qui peut être conflictuel, une faible expression des émotions etc… 

Ces deux objectifs sont fortement anxiogène (car par nature inaccessible), d’autant plus si ils s’ajoutent à un sentiment d’incompétence : quelqu’un qui se pense nul et qui en même temps s’impose d’être parfait et aprécié par tous se place dans une situation inextricable et angoissante. 

La peur va donc être présente à chaque coin de rue, se manifestant à travers différents symptômes. 


3. Symptômes 

– Symptômes physiologiques : tensions et manifestations neuro-végétatives disproportionnées : tensions musculaires, douleurs musculaires, fatigue, rougissement, tremblement, sensation d’étouffement, tachycardie, sudation excessive, sécheresse de la bouche, … 

– Symptômes cognitifs : hypervigilance, focalisation, hyperconscience de soi et par voie de conséquence, difficulté de concentration, de mémoire (trou noir) distorsions cognitives (lecture de la réalité éloignée de la réalité elle-même), anticipation anxieuse… 

– Symptômes comportementaux : conduites d’évitement direct ou subtil, besoin de réssurance extérieure, défaut d’affirmation de soi, de gestion des conflits, d’expression des émotions, vérifications, inhibition, hyperactivité… 


4. Schéma du processus

Bien que très schématique, voici une représentation du processus de la phobie sociale :

phobie sociale

Mise en place de la phobie sociale – quelques modèles


1. Modèle comportemental (phobie sociale)

La phobie sociale résulte d’un apprentissage. 

Deux cas de figure :  
– Apprentissage d’une conduite dysfonctionnelle : en clair, le sujet prend comme exemples des individus ou relations déjà problématiques (ex : parents peu sociabilisés, peu tolérants ou peu affectifs)  

– Apprentissage non référencé : le sujet n’a pas de références, d’exemples d’un comportement social adapté. 

2. Modèle cognitif

La phobie  sociale nait d’un mauvais traitement de l’information : 

– Le danger vécu, expérimenté est intégré (stress chronique durant l’enfance, exemple familial et/ou social d’anxiété, traumatismes divers)  
La réalité (ici les relations sociales) est ensuite interprétée en fonction de dangers potentiels.  
– Un sujet phobique social a une conscience déformée de lui-même : image négative et sous-évaluation. 

Exemple de schéma cognitif 

I. Le sujet pense se conduire de manière ridicule ou inacceptable
II. Il craint des conséquences négatives telles le rejet, la dévalorisation de son image ou de son statut
III. Ces pensées font naître le phénomène anxieux : – Les symptômes anxieux (tremblement, rougissement…) deviennent eux-mêmes des signes de danger et viennent nourrir l’anxiété. – L’hypervigilance aux manifestations somatiques et aux pensées entraînent une baisse des compétences sociales : le sujet est tourné vers l’intérieur (pensées, corps), non vers l’extérieur (la relation) – Les comportements d’évitements, de fuite entraînent chez l’autre des comportements sinon similaires du moins altérés.  
 
IV. La performance sociale est insatisfaisante
V. L’anxiété est nourrie, développée. Les compétences ne se développent pas  
Retour en I.

Enfants, ados, phobie sociale / Angoisse de séparation / Refus scolaire


Les rapports phobie sociale/ Angoisse de séparation / refus scolaire anxieux sont évidents mais encore peu précis.  

L’angoisse de séparation est traitée par ailleurs.  

Le refus scolaire anxieux, appelé parfois « phobie scolaire », est également à mettre en avant (peur panique d’aller à l’école). Néanmoins tout refus scolaire ne constitue pas nécessairement une phobie. Cette hétérogénéité constitue d’ailleurs déjà un problème. 

Relations phobie scolaire et phobie sociale : quelque essais de schémas 
  

1. Refus scolaire du au Trouble angoisse de séparation
Le problème originel n’est pas l’école ou les relations sociales mais la séparation provoquée par l’école. 
Le désir relationnel est là, mais l’anxiété de séparation prédomine : Altération  
– des relations sociales (crainte d’aller chez des amis…),  
– du vécu de l’école (superficiel inhibé car non-essentiel pour l’enfant eu regard de la séparation). 
 Les situations sont évitées, les compétences ne se développent pas
2. Refus scolaire du à une phobie sociale 
Le système scolaire est le système social par excellence pour un enfant. Il est donc logique de trouver un refus scolaire à l’intérieur d’une phobie sociale déjà mise en place.
Crainte de l’évaluation, de la critique (professeurs ou camarades…)
3. Refus scolaire du à une Anxiété de performance
L’anxiété de performance peut exister à travers une phobie sociale ou indépendamment de celle-ci
L’anxiété de performance se met en place au gré de traumatismes :  
– Panique, perte de moyen en situation d’évaluation  
– Peur d’être mal évalué (notation, jugement moral)  
– Peur d’être agressé par des camarades

Phobie sociale / Mécanismes


L’anxiété sociale est multiforme : trac, timidité, phobies sociales sont des phénomènes différents qui contiennent eux-mêmes une belle diversité. 

On peut néanmoins dégager une ligne commune : 

phobie sociale

 


1) La peur du regard  

Le tableau des situations anxiogènes, plus haut dans l’article, révèle un centre, un facteur commun, originel : la peur du regard de l’autre. La crainte d’être exposé au regard d’autrui est systématique. A l’origine du mécanisme, elle va en stimuler le développement. Il est à noter que cet élément, comme les autres qui vont être décrits, sont présents chez chaque individus, ce sont les proportions et la nature handicapante qui mènent au trouble. Personne n’aime être regardé, un sujet souffrant d’anxiété sociale simplement plus que les autres. Il s’agit là d’une peur instinctive, animale pourrait-on dire.  


  
2) Peur du jugement 

Sur cette peur instinctive va se construire une deuxième strate, celle-ci psychologique : le regard devient jugement, est interprété comme tel. 

La peur du regard de l’autre se « concrétise » psychologiquement :  
Ex :  
– Toute relation est une évaluation  
– Le sujet est tourné vers lui-même, non vers ce qui se passe autour de lui, vers la relation.  
– Le sujet juge sa prestation plus négativement qu’un observateur le ferait  
– Le sujet sélectionne : il se souvient essentiellement des prestations décevantes  
– Les relations sont anticipées, appréhendées négativement  
– Les commentaires positifs ne sont pas entendus et intégrés.  
– Le sujet est inhibé (les compétences sont altérées ou bloquées, non-développées)  
– …  
  

Cette peur du jugement est en relation avec des phénomènes et mécanismes divers 

a) Peur de soi : le sujet peut avoir mis en place une anxiété quant à ses propres réactions. Hypervigilance, attention portée sur soi, focalisation qui perturbent la performance elle-même où l’attention pour être efficace, doit être portée vers l’extérieur.

phobie sociale

b) Peur du regard d’autrui : jugement et évaluation : le sujet est inhibé (altération des facultés) car il redoute le jugement, l’évaluation, en l’occurrence, négatifs. On peut rapprocher cela du trac, anxiété d’évaluation, de performance. Ici, c’est de la performance sociale dont il est question. Celle-ci est interprétée à travers le filtre de l’anxiété :  
– L’attention de l’autre est surévaluée (« il me surveille, pas le droit à l’erreur »)  
– Le jugement négatif est surévalué (« il m’a trouvé nul(le) »)  


c) Peur de l’image de soi : le sujet qui souffre d’anxiété sociale a des difficultés à s’adresser des compliments sur ses performances. En découle un grand besoin de reconnaissance. Le désir de donner une bonne impression est donc fréquent. Le problème naît de la présence conjointe de cette ambition et de la peur de ne pas y parvenir. Désir et peur mêmés sont ici à la naissance du trouble. On peut ajouter à cela des exigences excessives que même des «non-phobiques sociaux» n’auraient pas. Les performances sont donc nécessairement insatisfaisantes.


Phobie sociale et comportements


L’anxiété est un trouble cognitif. On vit une situation, on en pense quelque chose. Les pensées (les différentes peurs que nous venons d’aborder) donnent lieu à des émotions et comportements dysfonctionnels, non-adaptés au bien-être. 

Les comportements anxieux sont schématiquement au nombre de 4 : évitement, inhibition, vérification, hyperactivité, avec une prédominance des deux premiers, évitement et inhibition, dans le domaine des difficultés sociales. 

 
a) Evitement : les différentes peurs dont nous avons parlé conduisent l’individu à l’évitement plus ou moins développé des situations anxiogènes. Nous sommes ici dans le principe du cercle vicieux. A chaque évitement, la valeur anxiogène de la situation augmente. 

Le trouble s’ »auto-nourrit »

b) Inhibition :  l’inhibition représente l’altération ou le blocage d’une ou de plusieurs facultés ou compétences.  
L’évitement est ponctuel, extrême, non systématique, mais l’inhibition est un phénomène plus constant, pour devenir presque un « style relationnel ». En situation anxiogène, le sujet n’a plus accès à ses ressources et compétences relationnelles (silences, hésitations, altération de la compréhension même…) alors qu’en situation non-anxiogène, toutes les qualités requises sont là. 

Même cercle vicieux que pour l’évitement :

 
 Phobie sociale et anticipation anxieuse – Particularités

L’anticipation anxieuse se produit avant les situations-problèmes. Elle prend schématiquement trois dimensions : psycho-corporelle, cognitive, comportementale. On peut considérer que ces symptômes « font » partie du vécu anxieux de la situation elle-même.  

L’anticipation sera donc marquée par :
– d’un point de vue psycho-corporel  : tension musculaire, difficulté végétatives diverses, respiratoires.
– d’un point de vue comportemental : évitement, hyperactivité, vérification, inhibition.
– d’un point de vue cognitif : hypervigilance, focalisation, troubles de la mémoire…

Ces caractéristiques de l’anticipation sont valables dans le cadre de tous les troubles anxieux, mais prennent une valeur particulière dans l’optique de la phobie sociale.  
Pour prendre quelques exemples :  
– Même si toute phobie est respectable, Il est irrationnel de craindre une souris (une souris n’est pas « rationnellement dangereuse »)  
– Il est irrationnel de penser mourir ou devenir fou(folle) pendant une prochaine attaque de panique.  
– Il est rationnel de penser que l’on va louper une performance sociale avant la performance. La phobie sociale inhibe. Le sujet ne se comporte donc pas naturellement, en pleine possession de ces moyens. 

L’anticipation anxieuse dans la phobie sociale s’inscrit donc dans un « fond » de réalité. Il est logique d’avoir peur : quand on est inhibé, on est « moins bon » socialement. Cet aspect est à prendre en compte thérapeutiquement. Pour neutraliser l’anticipation, il ne suffit pas de rassurer, de mettre à jour le discours catastrophiste, les comportements dysfonctionnels ou d’expliquer les manifestations corporelles, Il faut également développer ses compétences sociales, dans tout ce que cela implique.  Dans le cas contraire, la peur sera quelque part « justifiée ». 


Conclusion et ouverture


Cette présentation de la phobie sociale la décrit comme un processus à plusieurs composants : 

– psycho-corporels 
– cognitifs 
– comportementaux 
– émotionnels. C’est arbitrairement en fonction de ces différents et possibles domaines d’intervention que les prochaines parties de cette page sont organisées, même si les interactions entre ces différents éléments sont bien entendu nombreuses et complexes.

II. Dimension psycho-corporelle : ce que je ressens (phobie sociale)

« L’angoisse. Réaction inévitable de l’être face à l’inconnu qui l’enserre » Fernand Ouelette


Réaction d’alarme – fausse alarme


La dimension corporelle de l’anxiété est omniprésente : la gorge qui se serre, l’estomac qui se noue, la respiration qui devient difficile, les tremblements, la sudation… Ces marqueurs sont universels, cela, tout à fait normalement puisqu’il s’agit de réactions naturelles. Le corps panique.

Une crise de panique est une réaction d’alarme. Le corps réagit comme s’il y avait agression réelle, il se mobilise pour faire face au danger. Mais les manifestations physiologiques de la panique, utiles dans le cas d’une agression réelle, deviennent inadaptées donc gênante pour une personne qui n’a pas besoin réellement de « sauver sa peau ». 

Ces manifestations (plus ou moins présentes, plus ou moins développées selon l’individu) :  
–  Palpitations, tachycardie  
– Transpiration  
– Tremblements ou secousses musculaires  
– Sensations de souffle coupé ou impression d’étouffement  
– Douleur ou inconfort thoracique  
– Sensation d’étranglement  
– Douleur ou gène gastrique  
– Nausée ou gène abdominale  
– Sensation de vertige, d’instabilité, de tête vide ou d’impression d’évanouissement  
– Déréalisation (sentiment d’irréalité) ou dépersonnalisation (être détaché de soi)  
– Parasthésie (sensation d’engourdissement ou de picotements)  
– Frissons, bouffées de chaleur 

C’est en celà qu’on appelle une crise de panique une fausse alarme : le corps réagit comme s’il y avait danger réel, alors qu’il n’y a pas de danger réel. Ces phénomènes sont évoqués plus longuement sur la page consacrée au trouble panique.Dans le domaine de la phobie sociale, ces manifestations de panique ou de type panique sont fréquentes, cumulant 4 ou 5 symptômes (voire plus) parmi ceux qui viennent d’être énumérés. Comprendre ces symptômes et apprendre à les remettre en cause apportent des outils non négligeables. 

« Ça se vit, l’anxiété.  Ça vous rentre de partout, ça vous pénètre,et plus on se démène, plus ça fait mal. » Jean-François Somcynsky


Tension musculaire et déséquilibres


En forme de résumé, voici un schéma des tensions musculaires typiques liées à l’anxiété sociale. Tensions à l’origine des deséquilibres et symptômes que chacun aura pu remarquer. Les thérapeutiques et ressources de développement viseront donc à rétablir un équilibre psycho-corporel plus adapté.


phobie sociale

Dysfonctionnements respiratoires et tension musculaire

La crise paroxystique que constitue la panique ou le schéma ci-dessus des principaux ancrages corporels de l’anxiété mettent en valeur des éléments importants dans le cadre de la phobie sociale. En résumé, la personne souffrant de phobie sociale est tendue musculairement et respire mal, de manière forcée et artificielle, a fortiori dans les situations d’interaction sociales. Remettre en cause le trouble peut donc passer par un apprentissage du relâchement et d’une respiration naturelle. 


Le dialogue tonique


a. Tonus musculaire 

La physiologie de l’individu présente deux types de muscles : 

– Muscles lisses (ou muscles blancs) : leur contraction est autonome, involontaire ou soumise au système nerveux végétatif. 

– Muscles striés (ou muscles rouges ou muscles squelettiques) : unissant les os, ils permettent la mobilité du  sujet. La contraction de ces muscles est volontaire, soumise au contrôle cérébral. 

Ce sont les muscles striés, muscles volontaires, qui nous intéressent ici. Ces muscles sont maintenus dans un  état de contraction partiel mais permanent : le tonus musculaire, qui permet par exemple de maintenir le corps  dans une situation donnée. Ce seuil minimal de contraction est bien entendu variable selon l’individu. Dans le cadre de la phobie sociale, la tension est extrémisée dans le haut du corps. 

b. Régulation 

Les chocs, émotions agissent sur la fonction tonique du muscle, d’où l’importance de l’apprentissage de sa  
régulation en relaxation. Selon ses capacités, le sujet répondra de deux manières à une agression : 

– Dérèglement du tonus musculaire : agressé, le sujet se contracte exagérément. Cette dépense d’énergie ne lui permet pas d’agir correctement pour résoudre le problème. D’autres sollicitations surgissent. N’ayant pas retrouvé tout son tonus musculaire, cette nouvelle agression est encore plus mal vécue que la précédente… La tension devient chronique, augmentant l’anxiété, nuisant au bien-être mais aussi à la performance sociale. 

– Régulation du tonus musculaire : le tonus musculaire est plus bas. L’agression ne crée pas ou peu de tensions. Le sujet peut réagir, avoir accès à ses ressources puis retrouver rapidement et aisément son état de départ. cet état de régulation permet au sujet d’accéder à ses ressources et de garder un seuil de stimulation bas. l’anxiété ne se développe pas. 

c. Fonction et dialogue tonique 

La fonction tonique est au centre de la vie de chaque individu.  Dans ses relation avec lui même, mais aussi avec son environnement. 

Dans ce cadre, la relation à soi et au monde dépend essentiellement du dialogue tonique que l’individu peut mettre en place. Répondre aux demandes de manière sereine, dans un corps libre et épanoui, établir une relation non-tensionnelle. Ce dialogue est  autant physiologique que psychologique. C’est d’ailleurs là une de ses spécificités. Réconciliant intellect et corporalité, il apporte à l’individu une juste et libre appréciation de la vie en relation.  

La maîtrise de ce dialogue est le but de la relaxation, adaptée dans son utilisation aux particularités de chacun. 


La respiration


Respiration – Emotion

La respiration est la seule fonction vitale dépendante du système neuro-végétatif que l’homme puisse maîtriser. Participant à la régulation du système nerveux, de la circulation sanguine, la fonction respiratoire est bien entendu capitale d’un point de vue physiologique. 

D’un point de vue psychologique, la relation entre respiration et état émotionnel n’est plus à prouver. Mais, dans le cadre de la gestion émotionnelle, l’important est de constater que cette relation est bilatérale : 

La vie psychique influe sur la respiration.  
La respiration influe sur la vie psychique.

Fonction respiratoire 


Pour respirer, il faut des muscles. Le diaphragme est le muscle le plus important de la fonction respiratoire.  
Dans une respiration libérée, le diaphragme s’abaisse à l’inspiration et monte à l’expiration.  
Il assure une respiration ample et abdominale.

Dans les respirations superficielles, irrégulières, arythmiques, le diaphragme est souvent bloqué. Des tensions musculaires contrarient la liberté du souffle, ce qui impose à l’individu un surcroît d’effort. En lui redonnant sa mobilité, on accroît la ventilation pulmonaire, on masse le plexus solaire, on tonifie la région abdominale.  

La vie respiratoire

La respiration abdominale est celle du bébé et du jeune enfant avant apprentissage, celle des dormeurs profonds et des animaux. 

L’éducation (« Tiens-toi droit! », « rentre ton ventre »), la vie sociale modifient la respiration naturelle et profonde : elle devient thoracique et superficielle. 

Une respiration libre, calme et diaphragmatique assure un meilleur équilibre émotionnel.  
Complète, elle procure une relaxation profonde et tonifie l’organisme. 

En respirant amplement, on détend les muscles intercostaux et on libère la cage thoracique, crispations souvent liées à la peur, la timidité, la rigidité morale, … Une respiration complète, équilibrée et stable (enracinement), permet la prise de conscience de l’individu dans sa globalité. 


Respiration et enracinement


Se relaxer debout est une chose étrange, mais essentielle car adaptée au réel. Quand il y a difficulté, tension, mal-être, c’est en relation avec soi, les autres ou le monde. La position première est alors la station debout. Difficile position, lieu d’un dilemme entre exigences extérieures et ressentis intérieurs : être présent à soi et au monde. Position juste que l’enfant possède, installé dans son centre de gravité mais pervertie par les enjeux de nos exigences, celles des autres ou du monde qui nous entoure. 

Ainsi déséquilibré, la confiance ne vient plus pour l’homme de ce qu’il est, corporellement et réellement, mais de ce qu’il pense, de ce qu’il sait ou de ce qu’il est pour les autres. Déséquilibre provoquant tensions, insécurité, rapports conflictuels, …

phobie sociale

Se recentrer, c’est se retrouver pleinement : homme debout, responsable, libéré, en pleine confiance, installé autant en lui-même que dans le monde qui l’entoure, ressentant un juste équilibre entre être et paraître, entre présence à soi et au monde. 

Le hara : il s’agit du centre de gravité originel, expérimenté par l’enfant qui se tient debout, le bas-ventre. Naturel, ce centre a été expérimenté et vécu par tous. Là encore, il ne s’agit pas d’une construction de l’esprit ou d’une démarche artificielle mais d’un retour au source.  
Retrouver ce hara, l’intégrer, le faire sien, c’est se donner une base de lancement, un lieu essentiel d’épanouissement de l’être tout entier, une assise franche et solide au devenir de l’être. 

Illustration : Centre de gravité bas, respiration ventrale, jambes légèrement pliées ne gardant que les tensions nécessaires, pieds bien en appui sur le sol, assise du bassin. 

  


Les apports des techniques psychocorporelles


Relaxation 

– Prendre conscience des tensions, apprendre à les réguler. Ceci entraîne une meilleure connaissance de soi, des différents états que l’on peut traverser ou vivre, nourrit détente, conscience de soi et confiance. 

– Réhabiliter certaines parties du corps oubliées ou muettes et ainsi favoriser le dosage des dépenses d’énergie et des tensions qui en naissent, équilibrant l’individu dans ses sensations.

– Se sentir bien dans sa peau, équilibré, ce qui favorisera une juste attitude face aux éléments perturbateurs. Par voie de conséquence, renforcement de la personnalité, de la confiance en soi… – Développement des capacités d’éveil. « S’éveiller à » , c’est porter son attention sur un phénomène nouveau. En relaxation, l’attention est portée sur le corps. Habituellement, on ne porte attention à son corps qu’en cas de plaisir intense ou, plus fréquemment lorsqu’il souffre, se manifeste de manière négative. On « pose » son attention, on découvre pour la simple découverte, pleinement. Il ne s’agit pas d’une attention instinctive ou spontanée, mais d’une expérience vécue en pleine conscience, être complètement présent à ce qui se produit, mais sans tension ou volontarisme. Etre là tout simplement.  

Travail respiratoire 

– La respiration a une fonction régulatrice de la part émotionnelle de l’anxiété, prépondérante. 

– Respirer consciemment, c’est libérer les tensions internes, oxygéner le cerveau, le corps. 

– En respirant « ventralement » on réhabilite la part instinctive du corps, oubliée. 

– Quitter le rythme extérieur pour être attentif à son rythme intérieur : la respiration est un formidable  outil de lâcher-prise. – Maîtriser les enjeux émotionnels de la vie en relation (prise de parole, enracinement, confiance en soi).  

Sophrologie 

– D’un point de vue physiologique, l’individu apprend à détecter, reconnaître et anticiper les réactions organiques qui accompagnent l’anxiété et ainsi à les dissoudre avant qu’elles n’atteignent leur paroxysme. 

La relaxation dynamique apporte les sensations nécessaires à cette maîtrise. Le schéma corporel vécu dans sa globalité, sa connaissance et celle de la relaxation permettent de soulager les parties du corps qui supportaient à elles seules toutes les tensions. 

– L’état alpha, état de détente est obtenu de plus en plus aisément et de plus en plus rapidement jusqu’à un effet quasi-instantané. Il permet à l’individu au cours de la journée, d’expulser les tensions, de recharger ses forces et ses défenses. 

– La sophrologie en développant les potentiels de l’être humain, ces capacités de calme, de sérénité,  de confiance en lui, de maîtrise de son corps, développe l’individu mais aussi, en inter-relation, modifie la manière dont il est perçu par les autres. Au delà d’une réducation musculaire ou respiratoire, les rapports de l’individu avec le monde sont recadrés, mais aussi ceux du monde avec l’individu. 


III. Dimension cognitive


 « L’homme descend du songe. » A. Blondin


Intolérance à l’incertitude 


Le terme d’intolérance à l’incertitude parait judicieux dans le cadre de l’anxiété.  
Face à une situation, l’incertitude survient. Elle nourrit l’inquiétude et par la même le phénomène anxieux.  
L’inquiétude se conceptualise sous la forme d’un discours intérieur, de pensées verbales ou bien d’images mentales catastrophistes. 

 » Il ne me trouve pas intéressant » 
« Je n’y arriverai jamais » 
« Je suis nul » 
« Ils vont se moquer de moi » 
« Il va m’agresser »

Il parait donc justifié de poser tout d’abord l’anxiété comme un trouble cognitif. Les cognitions étant ici, les pensées, représentations, images mentales… 


Les manifestations anxieuses qui suivent témoignent d’ailleurs de cette dimension cognitive :  
  
 

Sensation de danger imminent et mal identifié 
Sensation d’impuissance face au danger 
Sensation qu’un événement négatif menace 
Pensées inquiétantes et répétitives échappant à la volonté du sujet 
Tension dans l’attente d’une nouvelle importante mais encore incertaine
Tension dans l’attente d’un rendez-vous ou d’une épreuve importante 
Tension accompagnée d’appréhension et de rumination mentale 
Tension accompagnée de crises de panique 
Peur de se retrouver seul et impuissant dans des situations dangereuses 
Peur d’adopter des comportements humiliants ou embarrassants
Préoccupation obsessionnelle à propos d’une action déterminée.
Pensée obsessionnelle de violence infligée ou subie
Souvenirs récurrents et envahissants d’un événements stressant 
Peur de prendre des décisions erronées 

Dans le cadre de la phobie sociale, l’intolérance à l’incertitude va se manifester entre autres chez l’individu au regard de sa performance et de ce que les autres peuvent en juger (car un jugement est supposé). Les informations n’étant pas nécessairement claires et accessibles, ce qui rend l’incertitude intolérable, le sujet va mettre en place tout un système d’évaluation de la situation, pour établir une illusion de contrôle sur ce qui est en train de se passer, tout un ensemble de schémas, postulats, distorsions de la réalité et de pensées automatiques, sensées diminuer l’anxiété mais augmentant en fait le phénomène.  


Dimension cognitive de l’anxiété 

 L’approche cognitive propose une vision globale du processus qui mène à un trouble tel l’anxiété.  
L’anxiété est un trouble éminemment cognitif. Mais la description s’applique également à des difficultés telles la dépression ou certains troubles de la personnalité et du comportement. 

phobie sociale

L’étape cognitive est donc essentielle. Ca n’est pas ici la réalité qui pose problème mais ce qui en est pensé.

On ressent ce que l’on pense.Les 3 points essentiels du traitement cognitif de l’information vont être développés. Ils constituent également la colonne vertébrale d’une prise en charge thérapeutique. Dimension cognitive du sujet ou « Comment traitons-nous les informations » : 

1) Schémas, postulats, croyances et inconscient 
2) Processus, distorsions 
3) Pensées automatiques


1) Schémas, postulats, croyances et inconscient 

Les termes « schéma », « postulat », « croyance » sont employés indifféremment selon les auteurs. Ces schémas sont des composants stables, mis en place essentiellement lors d’expérience pendant la petite enfance. 

Ces schémas sont inconscients. Avec le terme inconscient, nous sommes loin de l’emploi psychanalytique. Il faudrait plutôt le rapprocher du sens de mémoire à long terme, inexact mais moins ambigu. 

Au gré de notre histoire, de notre sensibilité, de stress répétés pendant l’enfance, de traumatismes, d’exemples familiaux ou sociaux, nous emmagasinons tous des informations diverses dans la mémoire à long terme. Ses informations, dysfonctionnelles dans le cas de l’anxiété, sont stockées sous la forme de postulats, schémas… 

Dans le cadre de l’anxiété, ces schémas reflèteront souvent : 

  • Une vision menaçante du monde extérieur
  • Une vision défaillante du monde extérieur
  • Une vision péjorative du monde extérieur

Un postulat-type sera par exemple : « Si je ne contrôle pas la situation, quelque chose de mauvais va arriver ». D’autres schémas du même type se regrouperont sous la forme de perception d’un danger et d’incapacité de faire face. 

A travers le filtre de l’anxiété, « danger et contrôle », la vision de soi, des autres, du monde va s’orienter et faire naître de nouveaux postulats, schémas différents selon l’individu. Quelques exemples en reprenant les trois groupes essentiels : 

  • Une vision menaçante du monde extérieur :  » La vie, c’est marche ou crève « /  » Les autres sont des requins « /  » L’enfer, c’est les autres « /  » on existe que quand on gagne « /  » Les hommes ne s’intéressent qu’au sexe « /  » La vie est une souffrance « ….
  • Une vision défaillante du monde extérieur :  » Je suis nul « /  » Je ne vais pas y arriver « /  » Je n’ai pas de chance « /  » Je n’ai rien d’intéressant à dire « /  » Je n’existe pas sans mes performances « ….
  • Une vision péjorative du futur :  » Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve « /  » Il vaut mieux être toujours sur ses gardes « …..

Nous mettons donc tous en place des schémas, schémas que jean cottraux définit par « structure organisée qui contient les savoirs et les attentes de l’individu vis-à-vis du monde ». 

Il y a trouble comme l’anxiété lorsque ces schémas sont inadaptés aux bien-être.  
Les difficultés sont multiples : 

– un schéma parait indiscutable et rigide  
– Le schéma va orienter tout traitement de l’information. ce qui vient le confirmer est amplifié, ce qui lui est contraire est minimisé  
– Un schéma est inconscient : il surgit à travers l’émotion, sans nécessairement passer par la conscience et son traitement logique.  
– Le schéma n’est pas traité de manière logique mais est donné comme vrai.  
– Pour atténuer les effets du schéma, l’individu va mettre en place des comportemetnts dysfonctionnels.  
– … 

Ces schémas cognitifs constituent le « domaine de définition » du trouble. Ils sont fondés sur un traitement dysfonctionnel de l’information, s’auto-renforcent et sont en partie inconcient. Il s’agira donc de les remettre en cause, de manière rationnelle et consciente dans un entretien de thérapie cognitive ou de manière inconsciente avec l’hypnose ericksonienne. 
 

2) Processus, distorsions 

Chez le sujet anxieux, une distorsion s’opère au stade cognitif. La lecture de la réalité s’éloigne dangereusement de la réalité elle-même. C’est ce que l’on appelle une lecture dysfonctionnelle. 

A titre d’exemple, quelques pensées dysfonctionnelles : 

– Lectures de pensées : l’individu pense savoir ce que pensent les autres sur lui-même.  
Ex :  « Ils me prennent pour un imbécile . » 

– Affirmation sans preuve : ce sont la plupart du temps des prédictions aléatoires, à la forme négative.  
Ex :  « De toute façon, on ne vas pas y arriver. » 

– Maximalisation et minimalisation : dans le cadre du stress, tendance à sur-estimer les échecs, à sous-estimer les réussites.  
Ex :  «Là, c’était trop facile. Tout le monde pouvait le faire.» 

– Généralisation : généralisations abusives.  
Ex :  « Je ne suis pas fait pour les examens …» 

– Tout ou rien : dans le cadre du stress, par exemple, ne penser qu’en terme de réussite.  
Ex :  « On n’existe que quand on gagne.» 

– Déduction abusive ou sélective : tendance à ne retenir que ce qui  sert l’idée anxiogène ou stressante, en le sortant de son contexte.  
Ex :  « Il ne m’a pas passé le sel. Tu vois qu’il ne m’aime pas.» 

– Personnalisation excessive des événements : ramener les événements à soi.  
Ex :  «Tout ce qui arrive est de ma faute.» On le voit, dans la phobie sociale, la réalité est distordue. Il est nécessaire de mettre en valeur et de faire prendre conscience au sujet de ces erreurs de traitement de l’information, pour ensuite les recadrer en mettant en place une lecture plus rationnelle de la réalité.

3) Pensées automatiques 

Le cognitivisme est avant tout une science de la pensée.  
On analyse donc ce qui, dans les pensées, modes de pensées, dans les croyances, disfonctionne et génère le mal-être.  
Penser, chez l’être humain se concrétise, schématiquement de deux manières :  
 

Pensées automatiques : ce mode de pensée n’est pas contrôlé ou conscient.  
L’individu est passif. Ses pensées s’imposent à lui-même comme des schémas prédéfinis issus de l’observation (subjective et déformée) par le sujet de lui-même de son environnement et de toutes leurs interactions. 

Ex : « ça n’arrive qu’à moi », «de toute façon je vais me planter », «il ne me supporte pas … » 

Ce mode de pensée est donc automatique, immuable et constant : la pensée contrôle le sujet  
  

Pensées rationnelles : mode de pensée contrôlé et conscient (autant que cela est possible et envisageable). Il s’agit d’une pensée intentionnelle, plus ponctuelle. Face à un événement, on ne réagit pas automatiquement, on ne se laisse pas influencer par un vécu, des interprétations abusives et mécaniques. On prend du recul, on recherche une démarche logique et rationnelle : Le sujet contrôle la pensée. 

Du choix entre ces deux modes de réponses de la pensée dépend l’équilibre du sujet.  

La démarche cognitive propose de s’interroger sur ces pensées automatiques et leur mise en place, pour, dans un second temps les remplacer par des observations plus rationnelles et conformes à la réalité. Le sujet reprend le contrôle de ses pensées et de leur pertinence. Remettre en cause ses a-priori, c’est se permettre de repartir sur de nouvelles bases, de rendre possible le changement, de générer d’autres comportements chez soi et, en interrelation chez les autres. La pensée anxieuse entre autres dans la phobie sociale :  
– est irrationnelle ou outrancière.  
– détient le monopole (il n’y pas d’autres manières de penser la réalité qui soit disponible). 
Il s’agit donc de remettre en cause la pensée automatique en proposant des pensées alternatives, permettant ainsi de briser le monopole de ce qui est anxiogène. 


Croyances


Les croyances sont des règles généralisantes établies par l’individu sur lui-même, les autres et le monde. Les croyances vont donc conditionner et orienter l’appréhension de la réalité. Les croyances constituent en quelque sorte la trame de la carte de la réalité du sujet. En cela, elles n’émergent que peu ou pas à la conscience. Une des démarches utiles en thérapie va être de mettre à jour ces représentions du monde.

Nous avons tous des croyances

Ces croyances peuvent être des croyances ressources (favorisant la performance), des croyances neutres et des croyances limitantes (nuisant à la performance). Cette vision du monde est un filtre qui s’installe entre le sujet et la réalité et conditionne donc pensées, émotions (états internes) et comportements, dans un système qui s’auto-renforce et s’auto-valide :

phobie sociale

Auto-renforcement et auto-validation

L’être humain a besoin de cohérence et de logique. Aussi le sujet va s’organiser en fonction de ses croyances et inconsciemment filtrer les informations qui viennent valider et renforcer le système de représentation du monde. Ce tri va se muer à certains moments en une démarche de distorsion de la réalité pour qu’elle vienne convenir aux croyances personnelles (« Tu vois, je te l’avais dit ! »). Ce besoin de confirmer les représentations et stéréotypes internes va conduire le sujet à créer sa réalité, dans une boucle cognitive, émotionnelle et comportementale automatique. 

Si la boucle se construit sur des croyances ressources, positives, le sujet s’inscrit dans une logique interne de bien-être, réussite, de performance… 

Si la boucle se construit sur des croyances limitantes, négatives, le sujet évolue dans une logique interne de mal-être, d’échec ou d’inefficacité.  

    Exemple de boucle : 

La prise de conscience de ces boucles constitue également une étape importante dans la remise en cause de la phobie sociale. 
  


Croyances et apprentissages

Dans les paragraphes précédents, nous venons de voir que c’est en fonction de ce que nous pensons du monde que nous orientons nos choix. Cette connaissance se construit selon divers processus qui prendront selon le cas, une forme limitante ou enrichissante. Chacun se construit sa carte du monde, nous n’agissons pas sur la réalité mais sur la représentation qu’on en a. Cette nature non-logique et constitutive de l’ego entraine nécessairement des dysfonctionnements. Parmi ceux-ci, nous en retiendrons trois familles, prépondérantes, proposées par la programmation neuro-linguistique et qui viennent complèter la démarche cognitive : 

1) Généralisation (mise en place des croyances, des jugements de valeurs) : c’est le processus qui vise à tirer une leçon générale d’événements particuliers, premier filtre entre nous et la réalité. Ainsi, on établit des croyances, jugements de valeur.Construite sur des événements du passé, la généralisation permet d’installer une illusion de contrôle, illusion de comprendre le présent et de prévoir l’avenir. On entrevoit aisément à la fois son effet rassurant à court terme mais aussi son effet pernicieux à moyen et long terme.

2) Sélection omissions et distorsions : Ayant mis en place des croyances, on sélectionne ce qui vient confirmer le système, renforcer les croyances. On  en vient à distordre l’information pour qu’elle puisse entrer dans ce cadre de référence. 

3) Filtres Nous filtrons donc la réalité, cela plutôt trois fois qu’une : – Filtre neurologique : notre perception de l’extérieur dépend de notre cerveau, de notre système nerveux, de la perception par les sens…– Filtre culturel, social : nous apprécions la réalité selon les critères du groupe auquel nous appartenons.– Filtre personnel : chaque individu est unique, aura donc une conceptualisation du réel personnelle en fonction de ses différentes expériences (éducation, influence familiale, sociale, événements de vie…)Un des buts en thérapie de la phobie sociale sera donc d’observer la carte du monde établie par le sujet et de la recadrer de manière adaptée au bien-être en ouvrant l’éventail de ses choix, des lectures possibles. Ceci implique une synchronisation du thérapeute sur le client, car pour en faire évoluer les frontières, il faut s’installer dans le territoire. Le thérapeute docte, conseilleur ou mentor n’a que peu de chance d’y parvenir. 


Scénario catastrophe


Ce n’est donc pas le monde qui importe, dans le domaine de l’anxiété, mais la carte que l’on en fait. Schémas, postulas, pensées automatiques s’installent comme de multiples filtres entre l’individu et la réalité. 

Dans le cadre de la phobie sociale, le « scénario catastrophe ». Une technique appelée flèche descendante (cf illustration ci-contre) met bien en valeur ce processus.

A chaque « intersection », l’hypothèse la plus négative est choisie, pour prendre le monopole. Cette tendance se développe, devient automatique et inconsciente. La lecture de la réalité devient une lecture-catastrophe.Exemple de processus anxieux : 

phobie sociale

La flêche descendante est à explorer dans son intégralité, le sujet prenant conscience de la faible probabilité de ce qui est appréhendé, des multiples embranchements et de la nature extrême et souvent irrationnelle voire absurde des options choisies. Elle permet également de prendre en compte le véritable enjeu de la situation souvent sous-jacent. 

Par exemple :  
« Je vais avoir le trac » -> « Je vais bafouiller » -> « Ils vont me trouver ridicule » -> « Ils vont se moquer de moi » -> « je vais être rejeté ». Ici la peur du trac révèle une peur plus profonde, celle du rejet. 


Anxiété sociale et objectif


Pour une bonne partie de la population ayant à souffrir d’anxiété sociale, la notion d’objectif est importante. Dans de nombreux cas, si bien sur elle ne se résume pas à cela, un des composants essentiels de l’anxiété sociale est très fréquemment l’anxiété de performance. La « peur de ne pas être à la hauteur ». Elle est souvent manifeste. Mais on ne se demande que très rarement : « à la hauteur » de quoi, de qui ? En matière de performance, l’objectif est important.  Adapté, il porte et encourage la performance, inadapté, il torpille la performance. Et en matière d’anxiété sociale, l’objectif est souvent inadapté, car irréaliste, flou…

Absolu et insatisfaction

 En discutant avec des personnes anxieuses, on remarque assez vite une certaine insatisfaction chronique : « J’aurai pu faire mieux », « Oui, j’y suis arrivé, mais c’était facile »… « J’étais pas au top »… Bref, phénomène étrange, qui fait qu’on ne se satisfait pas de ses réussites, en en voulant toujours plus. Une espèce de quête ultime, absolue mais hélas pour le bien-être, désespérément virtuelle. 

Comment se phénomène se construit ?

Quelques idées :

Ces schémas sont sociaux et culturels : « toujours plus jamais assez » pourrait être la devise de quelques millions de personnes. L’entraîneur de foot braillant, vociférant sur la touche ou le prof de latin et son « peut mieux faire » à quelqu’un qui a des notes honorables, participent au phénomène. Et comme quelques-uns, s’ils ne sont pas dégoûtés par le foot ou le latin, réussissent (malgré tout) a être performant, cela conforte tout ce petit monde dans ces schémas. « Tu vois, il y arrive, j’ai eu raison d’être exigeant. » Il y a là une erreur d’analyse, car ceux qui réussissent ne le font pas grâce à ces schémas, mais malgré ceux-ci et au regard de leurs qualités et ressources personnelles.

L’entourage familial apporte sa pierre à l’édifice. Cela peut se passer comme ça : un enfant fait un dessin et va le montrer à un de ses parents. 

1) Si le parent fait un compliment, cela encourage l’enfant à dessiner et à développer ses compétences. Tout cela nourrit la confiance en soi. 

2) Si le parent n’apporte pas d’appréciation un tant soit peu positive, ne dit rien ou critique, l’enfant va avoir l’impression de ne pas en avoir fait assez. Il va améliorer son dessin –  ne va pas avoir de compliment – va avoir l’impression de ne pas en avoir fait assez –  améliorer son dessin –  ne pas avoir de compliment – va avoir l’impression de ne pas en avoir fait assez… Le compliment devient virtuel, absolu. Et la quête d’absolu peut durer longtemps. 

Dans le domaine de l’anxiété sociale, on se trouve donc assez souvent au contact de personnes en recherche de cet absolu, par définition inaccessible. Ils n’obtiendront pas le compliment mais aussi, effet secondaire et pernicieux,  ne jugeront pas recevables les compliments et attentions de la vie courante qui sont eux, parfaitement réels mais bien fades au regard de la quête du St graal : « non, c’est rien », « c’était facile, tout le monde peut le faire ». En résumé, il y a donc recherche par nature insatisfaisante et génératrice d’anxiété d’un compliment virtuel, au détriment d’autres compliments, informations réelles et fondatrices de l’estime de soi et la confiance que le sujet s’accorde. 
  

Lacune « objectivale »

Dans ce climat d’insatisfaction chronique, l’objectif établi avant une performance sociale, risque fort d’être également absolu et inaccessible. C’est-à-dire tout le contraire de ce que doit être un objectif générateur de performance. Il est alors tout à fait normal et naturel d’appréhender, de mettre en place des stratégies d’anticipation anxieuse ou d’évitement, de se découvrir des inhibitions et blocages divers au moment de gravir un « Everest personnel ». 

Cette lacune « objectivale » de la performance dans l’anxiété  sociale est intéressante car recadre le débat dans le réel, à mi-chemin parfois entre la thérapie et le coaching. Le relevé des distorsions opérées par le sujet, établit d’autre part une esquisse de la genèse de son anxiété, facteurs sociaux et familiaux qui font quitter la sphère du trouble psychologique, pour celui, plus rassurant de l’apprentissage.

Critères d’un objectif non anxiogène

1. L’objectif doit être important pour la personne et celle-ci doit considérer la réalisation de l’objectif comme salutaire. Pour ce qui nous préoccupe ici, la mutation  cognitive est importante, un objectif modeste, diminuera l’anxiété de performance et paradoxalement, augmentera la qualité de la dite performance : « il est important pour moi d’avoir un objectif moins exigeant. C’est ainsi que ma prestation sera de qualité satisfaisante ». Si cette « mutation » est en place, l’investissement sera important.

2. Le paragraphe précédent entraîne que l’objectif doit être modeste, c’est-à-dire, susceptible d’être atteint, réaliste et réalisable. Chaque objectif atteint motive et impulse de l’espoir dans la capacité à évoluer, changer.

3. Un objectif doit être concret, précis et comportemental : ces critères sont importants, car ils permettent de vérifier que l’objectif a été atteint. « être bien » ou « donner un sens à ma vie » sont des objectifs flous, imprécis et par nature insatisfaisants car toujours perfectibles. Alors, aucun progrès n’est vérifiable.

4. Centration sur le début plutôt que sur la finalité. Un objectif doit décrire les premières petites étapes accessibles plutôt qu’une finalité absolue. « Pour être calme à cette réunion, je dois d’abord… »

5. Ne pas mésestimer la dureté de l’objectif. Reconnaître sa difficulté :  
– La déception sera moins forte en cas de non-réussite de l’objectif 
– La satisfaction sera importante en cas de réussite. 
Mettre en place un objectif de ce type n’est aucunement un pis-aller mais un challenge dans le cadre de l’anxiété sociale.

6. Ecologie : on devra toujours vérifier si la satisfaction de l’objectif ne provoquera pas des effets secondaires indésirables, conscients ou inconscients qui viendraient bloquer la démarche.7. Examen et développement des ressources. il est nécessaire d’identifier et de mettre en place les ressources nécessaires à la résolution de l’objectif : apprentissages, développement de compétences, exposition en imagination, …

Jérôme Boutillier

ARTICLE EN COURS DE REDACTION



Bibliographie


Les phobies sociales / D . Servant / Masson  
La peur des autres / C. André / Editions Odile Jacob 

La timidité / L. Crawford / j’ai lu  
La timidité / C. André / Que sais-je, puf  
La timidité  chez l’enfant et l’adolescent / G. George / Dunod 

Réussir à surmonter le trac / JY Bellego / Ellébore  
S’affirmer et comuniquer / JM Boisvert / Editions de l’homme  
L’intelligence relationelle / ML Pierson / Editions d’organisation  
Affirmez-vous / F. Fanget / Eeditions Odile Jacob  
L’estime de soi / C. André / Editions Odile Jacob 

Les phobies, perspectives nouvelles / J. Cottraux, E. Mollard / PUF  
Phobie et relaxation / collectif / L’esprit du temps  
Psychothérapie des phobies / L. Vera / Dunod  
Les phobies / C. André  /  Dominos – Flamarion 



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